Henri Matisse, un enfant du Pays
|  | Bohain, possède une histoire riche et a été la ville d’enfance d’un artiste reconnu à travers le monde entier : Henri Matisse. La notoriété artistique de Matisse est indéniablement liée à ses influences de jeunesse et notamment son enfance dans la région, ayant marqué ses premiers travaux.
Matisse est né le 31 décembre 1869 au Cateau-Cambrésis mais, peu après sa naissance, ses parents ouvrent en janvier 1870 une graineterie à l’angle de la rue du Château et de la rue Peu d’Aise à Bohain.
Le futur peintre passe son enfance parmi les couleurs et les graines du commerce familial. Il joue avec les enfants de son quartier dans les souterrains du château ou près du légendaire Chêne Brûlé de Bohain. Il poursuit ses études au lycée Henri Martin de Saint-Quentin et prend ses premiers cours de dessin dans cette ville.
Le jeune Henri a la révélation de sa vocation durant sa vingtième année mais exerce cependant comme clerc de notaire à Saint-Quentin. En effet, sa santé fragile ne lui permet pas de succéder à son père et la profession d’artiste est alors très mal perçue dans un milieu où le travail doit être productif et fatigant, néanmoins, la passion d’Henri Matisse est la plus forte et le décide à abandonner l’étude de Maître Derieux.
En 1891, Henri Matisse quitte Bohain pour Paris et devient un des plus grands peintres de son époque. Son œuvre évolue mais sa façon de travailler reste marquée des influences de son enfance (goût du labeur et couleurs des tissus qu’il collectionne). Henri Matisse meurt à Nice en 1954.
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Matisse, l'Étoile du Nord
|  | Dans l’ouvrage « Matisse, L’Etoile du Nord », publié aux Editions La Voix du Nord, collection Patrimoine, Bruno Vouters nous rappelle l’enfance rue Peu d’Aise et nous donne à voir Matisse comme un garçon rêveur et fragile. L’auteur, journaliste, nous replonge dans la jeunesse de l’artiste, en effet : « Henri Matisse grandit entre le Cateau, Saint-Quentin et Bohain où ses parents tiennent une graineterie. Son avenir s'y éclaircit d'un seul coup, comme par enchantement. (…) dans le commerce ouvert rue Peu-d'Aise par les parents d'Henri Matisse, les couleurs rejoignent bientôt les graines : si Émile Hippolyte Henri est un bourgeois réaliste et travailleur, dur à la tache, son épouse Anna Héloïse a du goût pour la décoration des intérieurs. (…). Ce commerce sera transmis à Auguste, frère d'Henri, en 1923. Il ne le cédera qu'en 1956. Dans quel genre de commune ont-ils décidé de faire leur vie ? Hélas, bien des spécialistes font l'impasse sur ces années qui ont tant marqué leur fils ! Le hameau des bois
Sur le plateau qui sépare les bassins de l'Escaut, de la Sambre et de l'Oise, Bohain-en-Vermandois est une cité portée par le développement économique. Quand le petit Matisse y fait ses premiers pas, le « hameau des bois » est devenu une capitale de la haute couture !
« Pro patria finibus ». Telle est sa devise. Fondé au XIe siècle, ce fief de l'abbaye de Saint-Aubert est confronté à de rudes épreuves : le bourg subit une douzaine de sièges avant la terrible guerre de 1870. Le comte de Flandre, le roi d'Angleterre, les Armagnacs, les bourguignons, les troupes espagnoles, Turenne, le duc de Guise... De ces assauts répétés naît la formule: « pour la patrie, à la frontière ». Six mots dont Louis Aragon devinera toute la portée, lorsqu'il rencontrera Matisse au début de la seconde guerre mondiale, à Nice : « Homme du Cambrésis. C'est le pays qu'emprunte la grande voie du Nord, qui va de Cologne à Paris. La grande voie des invasions. Les gens de par là-bas, au cours des siècles, en ont vu passer de toutes les couleurs... ».
Bébé Matisse pousse dans une cité que la guerre meurtrit à nouveau. Après la défaite de 1870 – il a juste un an –, la cité est occupée pendant de longs mois par des soldats allemands impatients d'affirmer leur domination. Représailles, privations, humiliations : « On leur donna ou on leur laissa prendre tout ce qu'ils voulurent. », raconte l'historien Guillaume Hanoteau. Mais les gens de Bohain sont pressés de travailler. Habités par une culture revancharde et nationale, fiers de leur savoir-faire, ils retroussent les manches. Les trains s'arrêtent, les routes s'améliorent, les cheminées poussent comme des champignons. Après la guerre, le centre manufacturier poursuit son incroyable expansion. 2152 habitants en 1800, 7374 en 1896 !
(…) Bohain excelle pour les dentelles, les châles, la soie, les tissus d'ameublement, les rideaux-portière, les tentures, l'ameublement d'art... Les amateurs venus de Paris s'extasient : « le fabricant est supérieur par le goût et l'invention, il est doué d'un sentiment artistique supérieur. » Mais si Matisse grandit dans le cliquetis des multiples métiers, il vit aussi dans un territoire mystérieux et magique que domine un haut beffroi en construction…
Clown ou cavalier ?
Interrogé par le journaliste Pierre Courthion à la fin de sa vie, le peintre évoque l'intensité des émotions de cette enfance passée entre le Cateau (chez sa grand mère) et Bohain, dans un mélange de rudesse et de poésie. Les chants du rouge-gorge et du rossignol près de la graineterie familiale, celui de l'alouette au-dessus des champs de betteraves. Le donjon croulant près duquel il jouait. Les passages souterrains aux abords des remparts. À Bohain, les lieux-dits sont chargés d'histoire : le bois de justice, la fontaine au Brenne (nom d'un chef gaulois), le charme amoureux, le trésor (où l'on a trouvé des pièces romaines), la pierre ruban (un énorme bloc de grès), les trous aux renards, la vallée Moïse. L’énorme chêne brûlé qui fascinait tous les enfants de la commune... Et puis, Matisse se souvient de l'accent appuyé de ces mots ou de ces phrases constamment entendues : « chacun son pain, chacun son hareng », « si tu n'es pas capable d'aimer les fruits, tu n’es pas digne d'aimer la confiture », « dépêche-toi au travail ! »...
À Bohain, à la fin du XIXe siècle, un enfant sur deux ne bénéficie d'aucune instruction. Mais les parents du petit Henri veillent à son épanouissement spirituel et républicain. Baptisé puis confirmé, il entre à l'école des garçons de Bohain avant de passer quelque temps au collège du Cateau, où son père fut lui-même un élève plutôt médiocre.
C'est un garçon méditatif et fragile que sa mère choie et sur lequel son père veille d'un œil sévère. Il rêve d'être clown ou cavalier ! S'ennuie-t-il à Bohain ? Sans doute est-il frappé par les visages fanés et les silhouettes fatiguées de celles et ceux qui donnent leur vie au travail. Son père se lève tôt pour de longues et éprouvantes tournées dans les fermes pendant que son épouse tient la boutique. Bien plus tard, au soir de sa vie, Matisse s'identifiera aux hommes et femmes si laborieux et si déterminés de son pays natal : « J'ai toujours travaillé comme un abruti, en tapant à coups de pied dans la porte ... » Cependant, de belles éclaircies déchirent la grisaille des jours. Sa mère peint sur de la porcelaine quand elle ne conseille pas les clientes pour la couleur de leurs intérieurs. Sur un plateau un cuivre, elle pèse aussi, les grains destinés aux oiseaux ou poissons. Tout un univers ! Les cours de violon. Les escapades avec le copain Léon Vassaux, fils de banquier. Plus tard, bien plus tard, dans leurs échanges épistolaires, le peintre et le médecin évoqueront avec nostalgie le Nord de leur enfance rude mais insouciante. Le travail des rétameurs, raccomodeurs et autres rémouleurs. Le passage des cirques et des fêtes foraines. Les personnages de la cité : coiffeuses, couturières, dévideuses, modistes. Les grandes manœuvres des soldats de plomb. Les expériences chimiques. Et puis, ce charmant théâtre miniature qu'Henri avait mis au point. C'est une caisse doublée d'un papier de couleur bleue dans laquelle interviennent des personnages découpés dans une bande dessinée et collés sur des morceaux de cartons. Un jour, le jeune Henri y évoque l'éruption du Vésuve, avec bouffées de fumée et jets de flammes ! « le prix des places était à la portée de tous, se souvient Vassaux : un bouton de culotte. Les parents avaient fini par s'émouvoir de la raréfaction de cet accessoire vestimentaire ! »
Le paradis retrouvé
De santé délicate, Henri Matisse a sûrement été marqué par la mort prématurée de son jeune frère Émile Auguste, remplacé aussitôt par un Auguste Émile qui reprendra la graineterie familiale. Et aussi, sans doute, par la terrible tornade qui détruit l’église et des maisons en mars 1876, quand il a sept ans.
Mais dans ce monde rude, une grande découverte va tout changer. À Saint-Quentin, où les machines les plus modernes fabriquent mousselines, voilages, broderies, dentelles et autres guipures, Matisse fréquente un grand lycée qui a des allures de caserne. Salles de classes sombres et sales. Dortoir mal chauffé. Enseignement médiocre et confiné. Doué pour le dessin, il rafle les premiers prix avec son ami Émile Jean, fils d'instituteur. Hélas, les professeurs Émile Ancelet, sexagénaire encroûté, et Xavier Anthéaume, jeune parisien suicidaire, ne sont pas à la hauteur de ses désirs. Au musée où sont accrochées les œuvres de Quentin La Tour, Matisse prend conscience de la force du trait. Dans les multiples boutiques ou ateliers, il s'émerveille des couleurs nouvelles. Autour de lui, dans ce Nord laborieux, contrairement à ce qu'on a trop souvent écrit, quantité de peintres concourent au Salon et présentent leurs œuvres à Paris... Il y a par exemple Philibert Léon Couturier, ami de Millet et Corot, spécialiste des scènes de basse-cour. Mais ce n’est pas le seul sujet traité par des artistes qui ont souvent du talent ! Dans l'école qui porte le nom du grand pastelliste La Tour, au grenier du palais Fervaque, il suit les cours de Jules Degrave et Emmanuel Croizé. Mais pour que son penchant profond se transforme en irrésistible vocation, il faudra un événement singulier.
De santé trop fragile, le jeune homme ne peut guère succéder à son père : c'est son cadet Auguste qui prendra le relais. Mais alors ? On le verrait bien clerc de notaire, d'avocat ou d'huissier, occupé toute la journée aux écritures. Voilà pourquoi il monte à Paris pour une capacité en droit. Mais un beau jour, à Bohain, il tombe malade une fois de plus. C'est encore au ventre qu'il a mal. En sa vingtième année, il souffre d'une hernie inguinale (à l’aine) du côté droit. Le voilà à l'hôpital, à la fois ravi et gêné d'échapper aux contraintes du monde ordinaire. Blocage des boyaux, horizon bouché. Mais un jeune voisin a la passion de la peinture de paysages. Pourquoi n'en ferait-il pas autant, pour passer le temps ? Sa mère lui offre sa première boîte de couleurs avec, à l'intérieur, deux petits chromos : un moulin à roue, l'entrée d'un hameau. Matisse s'y colle et s'invente une première signature : ESSITAM. Son nom à l'envers pour entrer dans une nouvelle vie ! « Avant, je n'avais de goût à rien. J'éprouvais une grande indifférence pour tout ce qu'on voulait me faire faire. À partir du moment où j'avais cette boîte de couleurs dans les mains, j'ai senti que c'était là qu'était ma vie. Comme une bête qui va à ce qu'elle aime, je me suis dirigé là dedans, au désespoir bien compréhensible de mon père qui m'avait fait faire d'autres études...C'était le grand attrait, l'espèce de paradis retrouvé dans lequel j'étais tout à fait libre, seul, tranquille. […] » Matisse a vingt ans. Cinq décennies plus tard, il évoquera à nouveau, avec Aragon, cette idée de paradis : n'a-t-il pas rêvé qu'en travaillant sur de grandes oeuvres, comme des fresques, il entrait directement dans celui-ci ?
À Paris, Matisse va découvrir un "autre" père capable de lui ouvrir des horizons et de le pousser dans sa propre voie : Gustave Moreau. De la même taille que lui (1,63 mètre), et des rêves plein la tête ; un grand désir d'ailleurs, dans le halo doré de la mythologie. Moreau marquera aussi Rouault, Marquet, Camoin, Manguin, Evenepoel... Mais d'abord, c'est décidément sa mère qui met le jeune homme sur la bonne voie, cette mère dont il trouvait le visage beau et noble, « visage des Flandres ». Un jour, dans un bureau de poste, ne sachant trop quoi faire pour patienter avant l'envoi d'un message, Matisse crayonne sur le premier papier qui lui tombe sous la main et que voit-il apparaître, sans qu'il y pense, naturellement ? Le visage de sa maman. » |
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 | | H. Matisse en 1887- copyright : Héritiers Matisse |
 | | H. Matisse et sa mère en 1887 - copyrignt : Héritiers Matisse |
 | | H. Matisse à Nice - copyright : Héritiers Matisse |
 | | Façade de la maison familiale d'Henri Matisse |
 | | La famille Matisse dans la rue Peu d'Aise |
 | | Place du Gal de Gaulle un jour de marché |
 | | ex Ets Rodier - copyright : collection Crinon |
 | | ex Ets Rodier - copyright : collection Crinon |
 | | Le Chêne Brûlé |
 | | École Quentin de la Tour - copyright : Archives de Saint-Quentin |
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